Extraits

"Durant son enfance de chaton, alors qu'il n'était encore qu'une boule duveteuse et bondissante, Pete s'était élaboré une philosophie toute personnelle : j'avais la charge du logis, de la nourriture et de la météorologie. Lui était dispensé du reste. Il me rendait tout particulièrement responsable du temps qu'il faisait. Les hivers du Connecticut ne sont jolis que sur les cartes de Noël. Cet hiver là, très régulièrement, Pete allait jeter un coup d'œil à sa chatière, et, se refusant à emprunter ce chemin recouvert d'une déplaisante matière blanche - il n'était pas fou - , venait me tanner jusqu'à ce que je lui ouvre la porte.
Il avait la conviction inébranlable que l'une d'elles, au moins, devait s'ouvrir en plein soleil - s'ouvrir sur l'été. Il me fallait donc, chaque fois,  faire le tour des onze portes en sa compagnie, les-lui ouvrir l'une après l'autre, et lui faire constater que l'hiver sévissait également, tandis que ses critiques sur mon organisation défectueuse s'élevaient crescendo à chaque déception.
Il s'obstinait ensuite à ne pas sortir tant qu'il n'y était pas absolument forcé par ses propres contingences internes.
Lorsqu'il rentrait, la glace collée à ses petites pattes silencieuses faisaient un bruit de claquettes sur le plancher. Il braquait sur moi un regard foudroyant et refusait de ronronner jusqu'à ce que tout fût léché, séché. Alors seulement, il me pardonnait... jusqu'à la sortie suivante.
Mais il n'abandonna jamais sa recherche de la porte ouvrant sur l'été."

Une porte sur l'été - Robert HEINLEIN - SF




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